Abbaye de Marcilly

De Parvis de Bourgogne
Aller à : navigation, rechercher

Le temps de l'abbaye

Les textes nous l'apprennent, c'est en 1239 qu'une abbaye de femme est fondée à Marcilly. Ses fondateurs sont Bure de Prey, seigneur de Prey, et Marie d'Anglure, sa femme. La fondation est faite avec l'accord de Miles, seigneur de Noyers, suzerain de Bure et son parent. D'après les termes de la charte de fondation, la nouvelle abbaye est établie comme lieu de sépulture des seigneurs de Noyers.

L'abbaye prend le nom de Notre-Dame du Bon-Repos, en référence à une légende locale. Elle est habitée par un groupe de religieuses de l'Ordre de Citeaux, venues de l'abbaye Notre-Dame-des-Isles, près d'Auxerre, et dirigée par Béatrice de Noyers. D'abord placée sous l'autorité de l'abbé de Clairvaux, elle est rattachée à l'abbé de Fontenay dès 1251.

La donation initiale de Bure de Prey concerne la maison qu'il habite à Marcilly avec des terres et des prés environnants, et même deux familles de serfs qui sont attachés au domaine. Lui-même se fera construire une maison-forte, dont ne subsiste aujourd'hui que le donjon carré qui a donné son nom à Tour-de-Pré.

Cependant, dès 1256, il semble que les conditions d'implantation ne soient pas propices à la prospérité de l'établissement. Aussi, l'abbesse s'en plaint à l'évêque d'Autun et lui écrit que leur maison se trouvant située dans un lieu sec et peu fertile, elles y souffrent de toutes sortes d'incommodités ; que la pierre et le bois y étant fort rare, on n'a pu y faire pour leur logement que de très pauvres bâtiments, insuffisants pour une communauté ; que l'eau y est si rare, que dans les chaleurs de l'été, outre qu'elles n'en ont pas assez pour l'usage ordinaire de la cuisine et de toute la maison, elles ont été plusieurs fois réduites à n'avoir pour boire que l'eau puante et bourbeuse d'un petit ruisseau qui coule dans le voisinage de leur monastère (aujourd'hui le Rû du Vau de Bouche)". Elle sollicite donc le transfert de la communauté vers la léproserie de Cerce, située à quelques kilomètres. Le projet n'aboutit finalement pas, mais le seigneur de Noyers dote l'abbaye, qui dispose désormais d'un modeste domaine réparti entre Marcilly et Noyers. Dans les décennies suivantes, d'autres dons reçus des seigneurs de la région, et même du duc de Bourgogne, viendront agrandir le domaine.

Après la mort d'Agnès de Noyers, ce sont 17 abbesses qui vont lui succéder, toutes issues de familles de la région apparentées aux seigneurs de Noyers. Bien qu'ayant rang d'abbaye, et non de simple prieuré comme Vausse ou Saint-Jean-les-Bonshommes, Marcilly n’accueillit jamais plus de 4 ou 5 religieuses.

Mais la vie ne s'écoule pas toujours tranquillement dans la petite abbaye, et les grands événements qui secouent le royaume de France ont leur répercussion jusqu'en la campagne avallonnaise. Il en est ainsi du conflit entre les Armagnacs et les Bourguignons, vers 1428, en pleine Guerre de Cent ans. Voici ce qu'écrit l'historien Ernest Petit : "Les villages voisins ne furent pas épargnés et la plupart des monastères eurent à souffrir des incursions des Armagnacs. L'abbaye de Marcilly fut complètement dévastée, et les religieuses perdirent dans la mêlée quelque peu de leur virginité".

La dernière abbesse est Agnès de Saint-Pierre. Par décision du duc de Bourgogne, devenu maître de la seigneurie de Noyers, l'abbesse remet sa démission entre les mains de l'abbé de Reigny en 1460. Les religieuses sont transférées à l'abbaye Notre-Dame-du-Réconfort dans le Nivernais et remplacées par des moines provenant de Fontenay ou de Clairvaux.

En 1520, l'abbé Louis de Marrey fait construire un cloître.

Mais la guerre frappe une nouvelle fois la petite abbaye : en 1571, pendant les Guerres de religion, les huguenots pillent le monastère et brûlent l'église.

L'abbaye ne s'en relèvera pas, d'autant qu'un autre mal la ronge. Les abbayes sont désormais dirigées par des abbés commendataires. Nommé par le roi, jouissant des revenus de son abbaye sans être tenu d'y résider, l'abbé peut même être un laïc. Il visite son abbaye pour en contrôler les comptes, pour chasser ou même pour recevoir. Il se fait construire un logis abbatial digne de son rang.

Ainsi, au début du XVIIIe siècle, il n'y a plus de vie religieuse et l'abbé d'Houdreville, homme du monde, transforme l'abbaye en habitation confortable et aménage les extérieurs. Pour autant, la crosse et la mitre figurent toujours sur le portail du domaine. Les armoiries de l'abbaye sont de sable à une bande d'or, parti d'azur à trois roses d'argent, posées 2 et 1.

En 1790, l'abbaye est mise sous séquestre comme bien national, ses biens sont inventoriés au mois de novembre et vendus le 4 mars 1791.

Le temps du manoir

Après sa vente comme bien national, l'ancienne abbaye passe entre les mains de différents propriétaires qui respectent fort peu son passé prestigieux. La chapelle est détruite en 1795, seuls subsistent le bâtiment de l'abbé et un colombier.

La chapelle, parfois surnommée "Le Saint-Denis des sires de Noyers", était occupée par les sépultures de ses bienfaiteurs : on comptait quatre mausolées et neuf tombes. Une partie des décors sculptés seront ensuite acquise par les musées d'Avallon et d'Auxerre : pierres tombales, statue de Saint-Antoine, sainte tenant un livre.

C'est Ernest Gariel, fils du fondateur des cimenteries de Vassy, qui entreprend en 1862 de restaurer le bâtiment principal.

Le gendre d'Ernest, Stéphane Piot, amateur éclairé, fait de la propriété un centre d'art. Il achète des sculptures provenant de la maison des Goix, à Coutarnoux. Il crée un parc à la française autour du manoir.

Il cherche également, comme mécène, à jouer un rôle dans la création de son époque en faisant se rencontrer de jeunes artistes. Dans les années 1880 à 1930, il invite à Marcilly les peintres Henri Harpigny, Maximilien Luce, Georges Rouault, Georges Desvallières et probablement Odilon Redon. Ces artistes y trouveront un lieu de création. Il constitue pour lui-même une importante collection d’art et invite certains de ces artistes à participer à l’embellissement de Vassy (vitraux de l’église).

Son frère René Piot, peintre et élève de Gustave Moreau, restaure des fresques de Delacroix au Palais Bourbon et en réalise au Louvre et à l’Opéra.

André Piot, le fils d'Ernest, écrit un certain nombre de poésies sur la guerre de 1914-1918, réunies dans un livre « Chœur des jeunes hommes ». Il est l’auteur de plusieurs pièces de théâtre, et notamment « Le diable porte pierre » avec pour thème la légende de Marcilly.

La légende

Si l'abbaye Notre-Dame du Bon-Repos a connu durant des siècles un prestige dépassant largement l'importance du monastère, c'est à une légende qu'elle le doit.

Voici en quelques mots cette légende :

En l'an 1200, sous le règne du roi Philippe-Auguste, vivait un nommé Geoffroy Lebrun, ancien maitre d'hôtel du roi. Mais il avait été disgracié et avait perdu tous ses biens. Tandis qu'il traversait la forêt d'Hervaux, le diable lui apparut et lui promit de grandes richesses, à condition qu'il lui livrerait sa femme, ce que Lebrun lui promit et pour cela il lui donna un contrat signé de son sang.

Puis il monta à cheval, prit sa femme derrière lui et se mit en chemin pour se rendre au lieu de rendez-vous dans la forêt. Comme ils passaient devant l'église de Notre-Dame de Marcilly, la veille de la fête de l'Assomption, sa femme entendit sonner une messe et demanda à son mari d'entrer dans l'église. Et quand Lebrun voulu sortir pour accomplir son voyage, la Vierge prit la figure de sa femme et monta sur la croupe du cheval derrière lui.

Arrivé au rendez-vous, on entendit un grand bruit qui se faisait dans la forêt. La Vierge enleva des mains du diable le contrat dudit Lebrun et le rendit à sa femme, laquelle fut trouvée endormie dans l'église. La Vierge lui étant apparue, lui ordonna de prier pour la conversion de son mari, puis elle disparut.

Ce récit est rapporté dans la Légende doré, du dominicain Jacques de Voragine en 1290.

Or, en 1346, Houdard de Prey, arrière petit-fils du fondateur de l'abbaye de Marcilly, signe un acte dans lequel il cite notamment : "Le dévot, excellent et évident miracle, fait en cette église, de la dévote dame que le chevalier son mari avait donné au diable et fait lettre de son sang". L'acte porte les sceaux du duc de Bourgogne, de l'évêque d'Autun, de l'abbé de Fontenay et de l'abbesse de Marcilly.

Cela rattache donc incontestablement la légende rapportée par Jacques de Voragine à Marcilly.

D'autres versions de la légende furent ensuite rapportées. Ainsi, en 1670, le père Gunpperg publia à Munich "Atlas Marianus". Il précise que le chevalier et sa femme, en reconnaissance, finirent leurs jours près de la chapelle et furent enterrés au pied de l'autel. La chapelle prit alors le nom de Bon-Repos, sans doute par allusion au paisible trépas des époux.

En 1744, Jean-Antoine Macusson, abbé de Marcilly publia une brochure "Histoire de la conversion miraculeuse du chevalier le Brun" qui, tout en respectant le fond du récit, l'amplifia de détails et de réflexions.

La légende de Marcilly inspira également les auteurs de théâtre. Au début du XVI° siècle, on relève un "Mystère du Chevalier qui donna sa femme au diable".

Plus près de nous, en 1902 on joue à l'Odéon une pièce en vers "Miracle de Notre-Dame", inspirée du chevalier Lebrun et de sa femme.

Enfin, le 13 août 1950, "Le Diable porte-pierre", écrit par André Piot, de la famille des propriétaires actuels de l'abbaye, est joué à Marcilly par le Compagnie des jongleurs, en présence du habitants du village.

Le récit manque de détails qui permettrait d'identifier le lieu du miracle. Mais la tradition le situe généralement à la Croix-Pichien, du nom d'une ancienne croix disparue, à la sortie du bois du château de Sauvigny. En 1867, une nouvelle croix est érigée avec cette inscription : "Cette croix fut érigée à la place de celle qui fut donnée en 1346 avec le terrain environnant à Notre-Dame-de-bon-Repos de Marcilly, en mémoire du miracle opéré par la Sainte Vierge en 1200 à Marcilly. Erigée par Alphonse, comte de Bertier, et dame Margerite de Sazenet, comtesse de Bertier. Bénite par Mgr Bernadou, archevêque de Sens, le 24 juin 1868".

Le prestige du miracle était tel, qu'avant la Révolution, on venait de loin implorer la statue de la Vierge présente dans la chapelle de l'abbaye, sous le nom de Notre-Dame du Bon-Repos. Dans les grandes calamités, comme la peste de 1636, on voyait les habitants d'Avallon venir en procession. Jusqu'en 1750, la paroisse Saint-Pierre d'Avallon venait en pèlerinage annuel chaque 1er mai.

Après la vente de l'abbaye et la destruction de l'église abbatiale, le propriétaire transforma une chambre en chapelle et y plaça la statue de la vierge. Jusqu'en 1839, les pèlerins venaient nombreux à l'Assomption et à la Nativité. Mais le propriétaire suivant fit fermer la chapelle et porter la statue à l'église de Provency. Elle est désormais dans la chapelle de Notre-Dame de Bon-Repos.

Voir aussi